15 janvier 2008
Alberto Giacometti

J'étais hier à Paris pour une courte journée, suffisamment longtemps pour errer dans les forêts humaines d'Alberto Giacometti au Centre Pompidou et m'y perdre intensément... Des êtres solitaires, fendant l'espace avec effarement, comme brusquement surgis du vide, se croisent et coexistent sans se toucher, conscients pourtant de la proximité de l'autre, à l'identité disponible mais hermétique. Leur équilibre tout entier semble venir de leur cou, tenir dans leur port de tête, droit, frontal, ouvert au réel tandis que leur regard demeure insondable, venu d'ailleurs, tourné vers l'ailleurs, transperçant l'espace pour invoquer une densité qui échappe au visible tel que nous avons l'habitude de l'envisager. Leurs corps, raidis et pourtant frémissants de mouvement, semble s'être composé, décomposé, recomposé obsessionnellement sous les doigts du sculpteur, défiant le temps, redéfinissant l'éphémérité de l'espace. Des êtres adviennent sans relâche, éternellement présents, échappant à l'absence, au vide, en inachèvement inexorable...
Les mots m'échappent... Il faudrait y revenir encore, passer et repasser sur ces sensations âpres et ardentes, ce ravage qui vous étreint le ventre si soudainement. Lire aussi peut-être les poètes : Alberto Giacometti de Jacques Dupin (Ed Léo Scheer), ou Giacometti de Charles Juliet (éd.P.O.L.).
Chez moi, depuis Noël, j'avais ce livre : L'Atelier de Giacometti, catalogue de l'exposition. Première image ci-dessus. Interdiction formelle de prendre des photos sur les lieux. J'ai donc trouvé la seconde photo sur le Net...
Commentaires
Comme je te l'ai dit en réponse à ton
commentaire, il a vraiment fini par pleuvoir! Et je me suis demandé dans quelle mesure un sculpteur de la taille d'un Alberto, pourrait sculpter la pluie!
En fait, il existe une image de Ciacometti faite par Henri Cartier Bresson où l'on voit le sculpteur sous la pluie battante!
Elle est visible chez Amel:
http://portesurletoit.canalblog.com/archives/2007/11/13/
Que la Lumière baigne tes pas...
Telerama je crois a sorti récemment un numéro spécial Giacometti...on en apprend beaucoup sur lui et son oeuvre.
Merci de nous voir prêté tes yeux.
Phil
Le hors-hors série de Télérama est, en effet, très intéressant. Je l'avais acheté puisque je ne pouvais monter à Paris.
J'aime les personnages de Giacometti car ils évoluent à la frontière du visible et de l'invisible, porteurs d'une forme qu'ils semblent avoir du mal à assumer car elle les expose à la douloureuse réalité d'exister.
Je les vois un peu comme des morceaux de rêves ramassés à marée basse tels du bois flotté puis modelés par l'imagination du sculpteur. Elles conjuguent l'étincelle du mystère à l'évanescence du fantasme qui les maintient en vie: visibles et pourtant remplies d'invisibilité.
" Dans la médina de Fès, il est une rue étroite, si étroite que les ânes chargés d'herbes odorantes ne peuvent s'engager. les terrasses de chaque côté se chevauchent presque. Seul le voile d'une femme peut y prendre vent. Cette rue de son enfance, "la rue d'un seul", Tahar Ben Jelloun en fait un ex-voto à Giacometti, à ses statues si minces qu'elles seules pourraient y marcher..."
dans: Giacometti Alberto et Diego
l'histoire cachée - Fayard septembre 2007
Epurés dans leur attente
Saisis en leur solitude
Giacometti face au monde
Belle relation de ta visite parisienne. En cette foule, l'individu se dilue, étréci, comme un épi d'une moisson immense.
Avant même de lire tes mots, j' avais lu la note qui parlait de l' interdiction de prendre des photos et m' est revenue une rage que j' ai éprouvée lors de l' exposition de Spilliaert ... Ces interdictions : de prendre des photos voire de commenter son propre groupe ( quand il y a des guides attitrés), ces téléphones - enregistrements ... me pèsent au plus haut point ... J' ai fait l' année dernière un travail sur les musées Savais-tu qu' à l' origine, les musées étaient faits pour permettre - entre autre - aux peintres d' avoir accès aus modèles dont ils désiraient s' imprégner et c' est bien cette aseptisation de rencontres entre 2 univers dont on nous ampute par ces interdictions ... Et s' il me plaît, à moi de photographier l' oeuvre et le public ? La rencontre entre spectateurs de chair et sculptures ou personnages peints ... Et voilà la moutarde qui me monte au nez ...
Et sans doute y aurait-il eu fort à faire pour témoigner visuellement de ces face à face de solitudes ... Heureusement qu' on ne nous interdit pas encore d' écrire sur les oeuvres rencontrées et là, passe, Fugitive, toute ta sensibilité, cette perception de l' intervalle entre 2 états, c' est bien en ces termes que tu côtoies les personnages , que se côtoient les personnages entre solitude et perception de l' autre ... J' aime beaucoup le terme d'effarement, il dit bien l' état d' être ...L' hésitation créatrice de l' artiste ... Sa force d' hésitation ai-je envie de dire ? y avait-il des dessins de Giacometti ... car on retrouve aussi dans ses croquis, cette force , cette violence, cette obsession quasi frénétique de toucher à l' être, dans ses moindres et innombrables parcelles, ou rides ou lignes de force et de vécu qui font l' individualité ...
Merci pour ce partage, Fugitive ...
C'est jovialement grisant chez toi...
Je retiens cette phrase : "Des êtres solitaires, fendant l'espace avec effarement, comme brusquement surgis du vide"
Rie qu'imaginer le cheminement de l'idée conçue au résultat touchable, cela me donne des torticolis dans les mèches.
J'aime Giacometti
Ta note sur Giacometti est belle à la suite de la précédente... les vitres embuées avec leurs coulures comme des personnages de Giacometti... bientôt je vais le voir... et cela me rend heureuse
Ombres errantes
dégoulinent leurs chagrins
en chair de pierre
Belle note sur une exposition à voir et à revoir!
L'atelier
Bonsoir Fugitive, je ne sais pas ce que Giacometti à pu lire a son sujet, ton écriture aurai du trouver un écho profond dans lui même et ses oeuvres toujours intimes. C'était un être intégre, à la voix agrénée par la cigarette et les affres de la vie, trés présent, comme tes mots. Un Suisse à Paris, dans un pauvre atelier de plâtre aux graffitis poussiereux et gris. Aujourd'hui, le vrai se fait rare, c'est pourquoi ton écriture est précieuse, et solide, un peu comme les originaux de Giacometti.
J'y étais la semaine dernière...
J'y retournerai bien...
Des lignes que l'on ne se lasse pas de suivre...
Des lignes de solitude qui se croisent et se décroisent, des lignes vers le ciel, des lignes de vide en partage...
Petits mots pour tous
Merci à chacun et chacune pour vos témoignages sensibles et chaleureux.
Petite précision : il y avait également, au Centre Pompidou, de nombreux dessins et croquis de Giacometti, surtout des pans de murs entiers de son atelier rue Hippolyte Maindron à Paris, sauvés en 1972.
C'est un croquis de Giacometti, une esquisse de "La Solitude", découverte il y a quelques mois au musée d'Ixelles en compagnie de Nicolas Grégoire, qui m'a saisie de l'urgence de mieux rencontrer l'oeuvre du sculpteur.
Je te souhaite une tres bonne année 2008, il est vrai que cela fait ... très très lontemps que je n'ai pas donné de news. j'en suis désolé. j'espere que tout va bien pour toi (chouette ce que giacometti)
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=56645&pid=7572332
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :












